La lecture d'une photo

Nous avons vu jusqu’ici quelques conseils et quelques notions de base pour les débutants et qui sont aussi un rappel pour ceux qui sont arrivés à la photographie par « accident » et veulent en savoir davantage pour progresser. Ce nouveau chapitre comportera plusieurs billets, mêlant règles sur le cadrage ou composition et données techniques qui sont liées. J’emploie le mot « règle », parce que c’est le plus compréhensible mais, s’il faut les connaître, elles ne doivent pas vous bloquer, sachez les contourner. D’ailleurs, si vous lisez de la littérature sur ce sujet, que ce soit en photographie ou en peinture, certains vous parleront des 5 règles essentielles, d’autres des 24 règles à ne pas oublier, etc. Dans ces billets, je ne compte pas les règles, je peux en oublier et, pourquoi pas, en inventer !

Dans tous les cas, ce sont des règles que j’ai acquises en photographiant, certes, mais aussi en regardant des photographies et des tableaux dans les musées ou les galeries d’art. À chaque fois, je me suis posé la question, pourquoi l’artiste a choisi ce cadrage et pourquoi ça fonctionne ? Je dois reconnaître que je n’ai pas toujours eu la réponse immédiatement et même, pour certaines œuvres, je ne l’ai toujours pas ! Les arts visuels couvrent un domaine si vaste qu’il est complètement irréaliste de tout connaître et comprendre.

C’est ainsi que j’ai retenu quelques principes, à défaut de règles. Certaines œuvres jouaient sur l’équilibre entre les plans ou les scènes. On peut parler de symétrie. D’autres jouent sur les formes, les couleurs ou encore les contrastes. Mais à chaque fois tout est organisé autour de lignes de force, de lignes droites, de diagonales, de courbes, de placements de sujets dans des endroits stratégiques pour la compréhension de ce que l’auteur veut montrer.

Je ne pourrais vous montrer toute la créativité des nombreux artistes au cours des âges et ce chapitre n’est qu’une base à votre recherche personnelle. L’imagination est en vous et la photographie liée au numérique permet d’ouvrir bien des perspectives. Par exemple, la photographie est censée montrer l’existant, mais les logiciels et les performances des ordinateurs permettent d’aller au-delà et de renoncer à une représentation proche de la réalité, ce qu’on appelle l’abstraction. Pensez au parcours de Pablo Picasso par exemple.

Alors, avant d’entrer dans le « concret », voici quelques bases pour apprendre à lire une œuvre d’art (photographie ou peinture).

  • On commence par apprendre à vider notre cerveau de tous les a priori qui gênent la lecture. Nous avons tous un cadre de référence construit depuis notre naissance, notre famille, notre parcours (études, profession…) qui formate notre vision et notre perception de la réalité. Notre société de sur communication nous montre tellement d’images que nous pouvons ne plus être capables de regarder et de ressentir. La démarche consistant à se questionner, à réfléchir sur ce que nous voyons est essentielle pour éduquer notre regard. Voir des expositions ai-je écrit plus haut. Oui, certainement. Mais montrer aux autres vos propres créations, admettre toute critique, contribuera aussi à mieux comprendre et à mieux savoir lire une photographie ou une peinture. Vous avez fait le vide, vous êtes prêt ? Alors, faites confiance à votre œil et découvrez sans complexe ce qu’a fait l’autre.
  • Tout n’est pas rose, vous pouvez « entrer » de suite dans l’œuvre, mais vous pouvez aussi rester de marbre ou être choqué. Ne partez pas. Dites-vous que l’artiste a fait des choix et essayez de les comprendre, apportez toute votre attention à ce qu’il a voulu exprimer. Cela ne veut pas dire que tout à coup vous aimerez ce que vous voyez, mais votre analyse améliorera votre capacité d’observation et de réflexion. Vous aurez aiguisé votre perception en stimulant votre imagination.

Il y a quelques années, il était coutume de lire qu’une photo se lisait de gauche à droite, comme le texte, du moins dans le monde occidental à culture latine. De droite à gauche dans le monde musulman. En Chine ancienne les textes étaient écrits verticalement. Depuis 1956, lors de la simplification de l’écriture chinoise, elle se fait de gauche à droite. À Singapour aussi, alors que Taïwan a conservé l’ancienne écriture. On admettait alors qu’une image ne se lisait pas partout pareil.

En réalité, l’œil voit et le cerveau interprète. De ce fait, la lecture d’une image est beaucoup plus complexe et dépend du cadre de référence dont je parlais plus haut.

Elle se fait en deux fois. D’abord une lecture rapide, l’œil balaye la photo en partant du haut gauche chez nous, puis à droite, pour redescendre en diagonale à gauche et finir en bas à droite.

La seconde lecture, plus complexe, analyse les éléments de l’image et le cerveau les relie entre eux, en fonction de ce qu’il connaît, à travers un processus qui respecte en partie la composition de l’image. Dans l’exemple du triangle de Kaniza (ci-contre), votre cerveau voit un triangle alors qu’il n’y a que 3 cercles noirs incomplets, cousins de pacman !

Triangle kaniza

Le photographe doit savoir que le cerveau cherchera d’abord une forme humaine et s’il n’y en a pas, un être vivant. Savoir ça est d’une importance capitale. L’être humain est très important dans une photographie à tel point que si dans un paysage que vous voulez mettre en valeur il y a un personnage, votre composition bien léchée sera ratée, car l’œil du lecteur sera attiré vers celui-ci. Cela amène deux réflexions. De nombreux photographes, dont je fais partie, attendent patiemment que la foule ait quitté un monument par exemple avant de déclencher. Ceci pour différentes raisons, l’accoutrement dudit personnage ou pour ne pas violer le droit à l’image ! C’est bien me direz-vous. Comme ça, pas d’humain pour attirer l’œil du lecteur ! C’est vrai. Mais comme le cerveau en recherche un, n’est-il pas préférable d’en intégrer un, sans pour autant qu’il vole la vedette au sujet que vous souhaitez photographier ?

La réponse est oui, un personnage peut aussi donner en plus une information d’échelle. Et pour ne pas qu’il ait trop d’importance, utiliser une vitesse lente le rendra flou. Ou alors faire en sorte que sa taille soit petite comparée au sujet principal.

La photo ci-contre propose de régler la question avec un brin d’humour, le personnage semble tenir le poteau qui n’en peut plus !

Après les personnages, le cerveau cherchera des animaux. Peut-être des restes de notre programmation génétique pour rester en vie ou chasser.

Guatemala

Voici quelques éléments qui attirent l’œil après le vivant :

  • En premier le mouvement. Certes, l’image est fixe, mais le cerveau reconnait tout ce qui bouge, soit avec le vent (nuages, drapeaux, cerf-volant…) soit s’il y a de l’eau (cascades, vagues, ruisseaux…)
  • Vient ensuite la végétation (arbres, plantes, buissons…)
  • Et ensuite le minéral (cailloux, rochers, falaises…)

Bien entendu, suivant le vécu du lecteur, ses priorités peuvent être différentes.

Vous voyez, composer une photo doit prendre en compte sa lecture et, avec l’habitude, la composition peut se contrôler. Enfin, dans une certaine mesure !

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